
Contrairement à l’idée reçue, réussir sa promotion de collègue à chef n’est pas une question d’acquérir de nouvelles compétences, mais de faire le deuil de son identité d’expert pour construire celle de leader.
- Votre valeur ne se mesure plus à votre capacité à « faire », mais à votre capacité à « faire faire » de manière stratégique.
- La gestion de vos anciens collègues nécessite un « pacte de transition » clair pour redéfinir les frontières sans briser les liens.
- Votre rôle de bouclier n’est pas de tout absorber, mais de filtrer, traduire et négocier les demandes de la direction.
Recommandation : Commencez par objectiver votre nouvelle légitimité en documentant vos réussites managériales, même les plus petites, dans un journal de bord dédié.
Vous venez d’accepter cette promotion. L’euphorie initiale laisse place à une angoisse sourde : « Et maintenant ? ». Vous regardez vos collègues, hier encore vos pairs, et vous vous demandez comment vous allez bien pouvoir les manager. Ce sentiment de ne pas être à sa place, d’être une sorte de fraude qui sera bientôt démasquée, est le lot de la plupart des primo-managers. Votre premier réflexe sera de vouloir prouver votre valeur en travaillant plus, en montrant que vous êtes toujours le meilleur expert technique, celui qui a toutes les réponses.
Les conseils habituels fusent : « il faut bien communiquer », « apprends à déléguer », « sache t’imposer ». Ces platitudes, bien que vraies, sont aussi utiles qu’une boussole sans aiguille. Elles décrivent une destination sans indiquer le chemin. Car le véritable enjeu n’est pas d’apprendre à faire de nouvelles choses. Le véritable enjeu, bien plus profond et inconfortable, est de désapprendre qui vous étiez. Passer de collègue à chef est moins une promotion qu’une transformation identitaire. C’est un processus de deuil de votre rôle d’expert pour endosser celui, radicalement différent, de leader.
Cet article n’est pas une liste de compétences à cocher. C’est une feuille de route pour naviguer cette transition psychologique. Nous allons déconstruire les réflexes qui vous empêchent d’être le manager dont votre équipe a besoin. Nous verrons comment transformer votre perfectionnisme en levier de croissance pour les autres, comment recadrer un ami sans le perdre, et comment trouver votre place de « bouclier-filtre » entre votre équipe et la direction. Préparez-vous à changer de perspective.
Pour vous guider dans cette transition complexe, cet article est structuré pour aborder, étape par étape, les défis psychologiques et pratiques que vous allez rencontrer. Voici les points clés que nous allons explorer ensemble.
Sommaire : Guide de survie pour le nouveau manager face à son équipe
- Pourquoi vous avez l’impression de ne pas mériter votre poste de manager ?
- L’art de déléguer quand on est perfectionniste et qu’on sait mieux faire que les autres
- Comment recadrer un ami devenu subordonné sans briser la relation ?
- L’intuition vs la méthode : comment éviter les erreurs de casting coûteuses ?
- Servir de bouclier face à la direction : le rôle ingrat du middle management
- Comprendre qui décide vraiment de votre promotion en dehors de votre N+1
- Leadership ou Diplomatie : quelle qualité prioriser pour gérer les conflits clients ?
- Le management bienveillant dans un secteur sous pression : utopie ou nécessité de survie ?
Pourquoi vous avez l’impression de ne pas mériter votre poste de manager ?
Le syndrome de l’imposteur est le compagnon de route de 9 managers sur 10 à leurs débuts. Cette impression tenace d’être une fraude sur le point d’être démasquée n’est pas un signe de faiblesse, mais la conséquence logique d’un changement d’identité radical. Votre légitimité reposait sur votre expertise technique, votre capacité à « faire ». Désormais, elle doit reposer sur votre capacité à « faire faire », à créer un environnement où les autres peuvent exceller. Ce changement de paradigme crée un vide que le cerveau comble par le doute. Vous n’êtes pas seul : le management attire de moins en moins, et selon une étude, 33% des membres de la génération Z ne souhaitent pas accéder à ce type de poste, souvent par crainte de cette pression.
Le piège est de vouloir combler ce vide en retournant à ce que vous savez faire : l’opérationnel. Vous vous surinvestissez, vous contrôlez tout, vous justifiez votre nouveau salaire par les heures passées au bureau. C’est une stratégie d’échec. La seule façon de construire votre nouvelle légitimité est de l’objectiver. Votre valeur n’est plus dans vos actions directes, mais dans leurs conséquences sur l’équipe : un conflit désamorcé, une décision qui débloque un projet, un collaborateur qui monte en compétence. Pour combattre le sentiment, il faut s’appuyer sur les faits. Votre mission n’est plus de prouver que vous êtes le meilleur expert, mais de devenir le meilleur catalyseur de talents.
Votre plan d’action : documenter votre légitimité managériale
- Notez chaque conflit désamorcé avec succès et la méthode que vous avez employée pour y parvenir.
- Documentez les décisions difficiles que vous avez prises et analysez leurs résultats, même modestes, sur le projet ou l’équipe.
- Enregistrez précisément les feedbacks positifs reçus, que ce soit de votre équipe, de vos pairs ou de votre propre hiérarchie.
- Listez les améliorations de performance mesurables (KPIs, délais, qualité) depuis votre prise de poste, en les liant à vos actions.
- Prenez le temps de relire ce journal chaque semaine pour ancrer une perception objective de vos progrès et de votre impact.
Ce journal de bord n’est pas un simple exercice d’auto-satisfaction. C’est un outil pragmatique pour substituer des preuves tangibles à un sentiment irrationnel, construisant ainsi, jour après jour, votre confiance et votre posture de manager.
L’art de déléguer quand on est perfectionniste et qu’on sait mieux faire que les autres
« Si tu veux que ce soit bien fait, fais-le toi-même. » Cet adage, qui a peut-être fait de vous un expert reconnu, est le poison le plus violent pour un nouveau manager. Le refus de déléguer n’est pas un signe d’exigence, mais la manifestation la plus claire du deuil non accompli de votre identité d’expert. Chaque tâche que vous gardez pour vous, sous prétexte qu’elle sera « mieux » ou « plus vite » faite, est un message de défiance envoyé à votre équipe. C’est aussi un calcul économique désastreux. Le temps que vous passez sur des tâches opérationnelles est du temps que vous ne consacrez pas à la stratégie, au coaching, à la vision. C’est ce qu’on appelle le coût d’opportunité managérial.
Étude de cas : Le coût caché de la non-délégation
Prenons un manager qui consacre 10 heures par semaine à des tâches que son équipe pourrait réaliser. Avec un taux horaire moyen de 50€, cela représente 500€ de valeur « perdue » chaque semaine, car ce temps n’est pas alloué à des activités à plus forte valeur ajoutée comme le développement stratégique. Sur une année, ce coût d’opportunité s’élève à 26 000€, sans même compter l’impact négatif sur l’engagement d’une équipe privée d’autonomie et le risque de burn-out pour le manager lui-même.
Déléguer n’est pas un abandon, c’est un investissement. Vous investissez du temps aujourd’hui pour former un collaborateur, en acceptant une potentielle baisse de qualité à court terme, pour libérer des heures de travail à haute valeur ajoutée demain. La clé est de ne pas voir la délégation comme un interrupteur « on/off », mais comme un curseur d’autonomie à ajuster selon la maturité du collaborateur et la complexité de la tâche.

Cette prise de recul, comme l’illustre l’image, est essentielle. Votre rôle est de créer le cadre et de fournir les ressources, puis de faire confiance au processus. Pour un perfectionniste, la solution réside dans la structure : un cadre de délégation clair permet de lâcher prise sans avoir l’impression de perdre le contrôle.
| Niveau | Description | Degré d’autonomie | Profil collaborateur |
|---|---|---|---|
| Niveau 1 | Exécution précise d’instructions détaillées | 0-25% | Débutant ou nouvelle tâche |
| Niveau 2 | Exécution avec marge de manœuvre sur la méthode | 25-50% | Compétent mais besoin de cadrage |
| Niveau 3 | Responsabilité du résultat avec validation finale | 50-75% | Autonome nécessitant supervision légère |
| Niveau 4 | Décision et action en autonomie complète | 75-100% | Expert confirmé sur la tâche |
Utiliser ce tableau transforme la délégation d’un acte de foi angoissant en un processus managérial structuré. Vous ne déléguez plus « une tâche », mais « un niveau de responsabilité », ce qui est infiniment plus rassurant et efficace.
Comment recadrer un ami devenu subordonné sans briser la relation ?
C’est la situation la plus redoutée. La camaraderie et la complicité qui faisaient votre force en tant que collègues deviennent soudainement votre plus grande vulnérabilité. Tenter de préserver la relation « comme avant » est une illusion. La structure hiérarchique a changé, et nier cette réalité ne fera qu’engendrer du malaise et de la confusion. La clé n’est pas de choisir entre être un « chef » ou un « ami », mais de construire un nouveau type de relation basé sur des frontières claires et un respect mutuel redéfini. Le silence et l’évitement sont vos pires ennemis. Plus vous attendez pour clarifier la situation, plus les non-dits s’accumuleront et finiront par empoisonner la relation professionnelle et personnelle.
L’approche la plus saine est préventive. Il faut provoquer une conversation formelle dès le début pour établir ce que l’on pourrait appeler un « pacte de transition ». Il ne s’agit pas de lire un règlement intérieur, mais d’avoir une discussion d’adulte à adulte pour reconnaître la nouvelle dynamique et convenir ensemble des règles du jeu. C’est un acte de respect qui montre que vous prenez la relation, passée et future, au sérieux.
Le plus difficile n’est pas de donner des ordres à ses anciens collègues, mais de maintenir sa crédibilité. Il faut s’imposer sans faire preuve de faiblesse, tout en gardant le respect mutuel. J’ai dû apprendre à communiquer sur les enjeux et bien définir les priorités, en passant du temps avec chaque membre de l’équipe lors d’entretiens individuels pour comprendre leurs attentes et établir ma légitimité.
– Témoignage d’un manager
Pour mettre en place ce « pacte de transition », voici un script en cinq étapes que vous pouvez adapter :
- Planifier un entretien formel dès votre première semaine. Le cadre (salle de réunion, heure définie) signale l’importance et le caractère professionnel de l’échange.
- Commencer par reconnaître la difficulté de la situation pour les deux parties. Verbaliser l’étrangeté de la situation permet de désamorcer la tension.
- Définir clairement les moments « pro » et « perso ». Exemple : « Au bureau et en réunion, je suis ton manager. Pendant la pause déjeuner ou après le travail, je reste ton ami. Soyons clairs sur le chapeau que nous portons. »
- Établir un code de communication. « Si j’ai un feedback à te faire, je le ferai toujours en privé et de manière formelle. En échange, j’attends de toi que tu respectes mes décisions devant l’équipe, même si on en discute après. »
- Convenir d’un point mensuel pour ajuster le pacte. Cela montre que ce n’est pas un diktat, mais un accord vivant qui peut évoluer.
Cette démarche, bien que potentiellement inconfortable au début, est un investissement inestimable. Elle remplace l’ambiguïté par la clarté, prévenant 90% des conflits futurs et montrant à votre ami que vous le respectez suffisamment pour traiter cette transition avec maturité.
L’intuition vs la méthode : comment éviter les erreurs de casting coûteuses ?
Recruter est l’un des actes managériaux les plus impactants. C’est aussi là que le piège de l’expert se referme le plus violemment. Votre « feeling », cette intuition affûtée par des années de pratique technique, vous semble être votre meilleur atout. Vous pensez pouvoir « sentir » le bon candidat. C’est une erreur potentiellement catastrophique. L’intuition en recrutement est souvent un simple paravent pour nos biais cognitifs : biais de similarité (on recrute nos clones), effet de halo (un candidat excellent sur un point nous paraît bon partout), etc. Ces biais mènent à des erreurs de casting dont le coût est bien réel. Une erreur de recrutement coûte entre 15 000 et 30 000€ par salarié dans les PME, sans compter l’impact sur le moral de l’équipe.
Faire le deuil de son identité d’expert, c’est aussi accepter que l’intuition seule est une méthode de recrutement paresseuse et risquée. Le passage à une posture de manager exige de substituer (ou du moins de compléter) le feeling par une architecture de décision rigoureuse. Cela ne signifie pas de déshumaniser le processus, mais au contraire de le rendre plus juste et plus efficace. Il s’agit de définir en amont les critères objectifs de succès pour le poste, de préparer des questions standardisées qui testent ces compétences spécifiques, et d’utiliser une grille d’évaluation commune à tous les évaluateurs.
Voici une approche structurée pour contrer les biais :
- La scorecard avant tout : Avant même de rédiger l’offre, définissez sur une page les 3 à 5 résultats clés que la personne devra atteindre la première année, et les compétences comportementales et techniques indispensables pour y arriver. Ce document sera votre boussole tout au long du processus.
- Questions situationnelles : Au lieu de « parlez-moi de vous », privilégiez des questions comme « Décrivez une situation où vous avez dû gérer un conflit avec un client difficile. Comment avez-vous procédé et quel a été le résultat ? ». Cela permet d’évaluer les compétences en action, pas seulement les discours.
- L’entretien croisé : Faites participer au moins un autre membre de l’équipe ou un pair au processus. Leurs perspectives différentes permettront de nuancer votre propre perception. Débriefez après chaque entretien en vous basant sur la scorecard.
Cette approche méthodique ne tue pas l’intuition ; elle la discipline. Le « feeling » reste utile pour évaluer l’adéquation culturelle en fin de processus, mais il ne doit jamais se substituer à une évaluation factuelle des compétences. C’est cela, manager le recrutement.
Servir de bouclier face à la direction : le rôle ingrat du middle management
Dans l’imaginaire collectif, le bon manager « protège » son équipe de la pression de la direction. Cette image du « bouclier » est à la fois vraie et dangereusement simpliste. Un bouclier passif qui absorbe tous les coups sans rien dire finit par se briser, laissant une équipe exposée et un manager en burn-out. Votre rôle n’est pas celui d’un bouclier, mais d’un bouclier-filtre. Votre mission est double : absorber la pression inutile (les changements d’avis intempestifs, les demandes irréalistes), mais aussi traduire, prioriser et parfois même contester de manière constructive les directives stratégiques.
Passer de collègue à manager, c’est cesser d’être à une extrémité de la chaîne de commandement pour se retrouver au milieu. Vous êtes l’interface, le traducteur. Une demande de la direction qui arrive brute sur le bureau de votre équipe peut être source de panique et de démotivation. La même demande, filtrée par vos soins, contextualisée et découpée en étapes réalisables, devient un challenge stimulant. Refuser une demande en bloc est rarement possible. En revanche, il est de votre devoir de présenter à votre propre hiérarchie les conséquences opérationnelles d’une décision : « Oui, nous pouvons prendre ce nouveau projet, mais cela signifie que nous devrons déprioriser X et Y, et le risque sur le projet Z augmentera de 20%. Voici les options. »
Cette posture de « pushback constructif » est l’un des actes de leadership les plus difficiles et les plus importants. Elle demande du courage, mais surtout de la préparation. On ne négocie pas avec sa direction avec des sentiments (« mon équipe est surchargée »), mais avec des faits et des données. Voici une méthode pour structurer votre argumentation :
- Quantifier la charge : Utilisez des métriques pour montrer la charge de travail actuelle de l’équipe (nombre de projets, temps alloué, etc.).
- Identifier les risques : Chiffrez les risques concrets d’une surcharge : « Un tel projet ajouterait 20% de charge, ce qui, historiquement, augmente notre taux d’erreur de 15%. »
- Proposer des alternatives : Ne dites pas « non », dites « oui, si ». Proposez des scénarios : « Option A : on le fait avec l’équipe actuelle en décalant ce projet. Option B : on le fait en parallèle en recrutant un freelance, voici le coût. »
- Visualiser les arbitrages : Une simple matrice Priorités/Ressources peut être un outil visuel puissant pour montrer que les ressources ne sont pas infinies.
- Documenter la décision : Quelle que soit la décision finale, formalisez-la par écrit pour acter les conséquences acceptées par la direction.
En agissant ainsi, vous ne vous contentez pas de protéger votre équipe. Vous vous positionnez comme un partenaire stratégique pour votre propre hiérarchie, capable d’anticiper les problèmes et de garantir la soutenabilité de la performance.
Comprendre qui décide vraiment de votre promotion en dehors de votre N+1
En tant que collaborateur, votre univers d’évaluation est relativement simple : votre performance est jugée principalement par votre N+1. Devenu manager, vous entrez dans un jeu politique plus complexe. Votre avenir, et notamment votre prochaine évolution, ne dépend plus seulement de votre supérieur direct. Il est influencé par un réseau de décideurs invisibles : le N+2 que vous ne voyez qu’en réunion trimestrielle, le directeur d’un autre département avec qui vous collaborez sur un projet transverse, le responsable RH qui suit les « hauts potentiels ». Votre N+1 est votre sponsor, mais il n’est souvent qu’une voix parmi d’autres au moment des comités de carrière.
Ignorer cette réalité est une erreur stratégique. Votre nouvelle mission consiste à construire votre visibilité bien au-delà de votre périmètre immédiat. Il ne s’agit pas de « politique » au sens péjoratif du terme, mais d’une stratégie de communication de votre valeur. Vous devez créer des occasions de démontrer votre impact et votre vision à ceux qui ont le pouvoir de décision. Un reporting bien tourné envoyé en copie à votre N+2, une prise de parole pertinente lors d’une présentation inter-services, ou le leadership sur un projet transverse sont autant d’opportunités de marquer des points.
Stratégie de visibilité auprès des décideurs indirects
Dans le secteur du conseil, où les opportunités de promotion sont nombreuses, les managers qui évoluent le plus vite sont ceux qui maîtrisent cette visibilité élargie. Une analyse a montré qu’un manager ayant pris l’initiative d’incluir systématiquement son N+2 dans ses synthèses de projet trimestrielles et qui s’est porté volontaire pour piloter un projet transverse a augmenté ses chances de promotion de 40% en un an. La clé n’était pas de court-circuiter son N+1, mais de créer des points de contact légitimes pour démontrer sa valeur ajoutée à un cercle plus large de décideurs.
Pour ne pas naviguer à l’aveugle, il est essentiel de cartographier ces parties prenantes. Prenez le temps d’identifier qui sont ces personnes, quelles sont leurs priorités stratégiques (leurs KPIs) et comment votre travail peut contribuer à leurs objectifs. En alignant une partie de votre communication sur leurs propres enjeux, vous passerez du statut de « manager opérationnel efficace » à celui de « futur leader à suivre ».
Votre travail ne parle plus de lui-même. C’est à vous de devenir le narrateur de votre propre succès, en choisissant soigneusement votre audience.
Leadership ou Diplomatie : quelle qualité prioriser pour gérer les conflits clients ?
Face à un client mécontent, le réflexe naturel est de se jeter dans l’arène armé de diplomatie. L’écoute active, l’empathie, la recherche de compromis… tout cela est indispensable. Mais réduire la gestion de conflit à la seule diplomatie est une erreur de débutant. C’est oublier que le conflit client se déroule en plusieurs phases, et que chaque phase requiert une compétence dominante différente. Parfois, c’est le leadership qui doit primer : la capacité à prendre une décision ferme, à protéger son équipe d’une demande abusive, ou à utiliser le conflit comme un levier pour améliorer les processus internes.
Penser en termes de « Leadership OU Diplomatie » est un faux débat. La véritable compétence managériale est de savoir quand activer l’une ou l’autre. C’est un séquençage stratégique. Une écoute purement diplomatique sans leadership en aval peut mener à des promesses intenables. Un leadership autoritaire sans une phase de diplomatie en amont peut envenimer une situation simple. Votre rôle de manager est d’orchestrer cette danse entre les deux. Vous êtes le diplomate face au client pour comprendre le problème, puis le leader face à votre équipe pour analyser les faits et construire une réponse, avant de redevenir diplomate pour négocier la solution.
Le tableau suivant décompose un conflit client en phases et associe à chacune la compétence prioritaire et les actions clés. C’est un guide pour vous aider à ne pas vous tromper de posture au mauvais moment.
| Phase du conflit | Compétence prioritaire | Actions clés | Objectif |
|---|---|---|---|
| Écoute initiale | Diplomatie | Écoute active, reformulation, empathie | Comprendre le problème réel |
| Analyse interne | Leadership | Réunir l’équipe, analyser les faits, définir la position | Préparer la réponse collective |
| Négociation | Diplomatie | Proposer des solutions, chercher le compromis | Trouver un terrain d’entente |
| Décision finale | Leadership | Tenir une position ferme si nécessaire, protéger l’équipe | Préserver l’intégrité de l’équipe |
| Suivi post-conflit | Leadership | Débriefer avec l’équipe, améliorer les process | Capitaliser sur l’expérience |
La phase la plus importante, et souvent négligée, est la dernière : le débriefing. C’est là que le leader transforme un incident coûteux en un investissement pour l’avenir, en s’assurant que l’organisation apprend de ses erreurs. C’est le passage ultime de la réaction à la stratégie.
À retenir
- Le syndrome de l’imposteur est une étape normale : combattez-le avec des faits (journal de bord) et non des sentiments.
- La non-délégation est un coût d’opportunité : utilisez des cadres structurés pour lâcher prise progressivement.
- La relation avec vos ex-collègues doit être redéfinie via un « pacte de transition » explicite pour éviter les malentendus.
Le management bienveillant dans un secteur sous pression : utopie ou nécessité de survie ?
Le concept de « management bienveillant » est souvent accueilli avec scepticisme, surtout dans les secteurs où la pression sur les résultats est intense. Il est perçu comme une approche « douce », incompatible avec l’exigence de performance. C’est une profonde erreur d’interprétation. La bienveillance managériale n’est pas de la complaisance ou de la gentillesse naïve. C’est une stratégie de performance durable qui repose sur une équation simple : Bienveillance = Exigence + Soutien. C’est fixer des objectifs ambitieux (l’exigence) tout en fournissant les moyens, la formation et la sécurité psychologique nécessaires pour les atteindre (le soutien).
Dans un environnement sous pression, le management par la peur ou le stress peut fonctionner à court terme. Mais il génère un coût exorbitant en termes de turnover, de désengagement et d’erreurs. Le turnover est un fléau économique ; le taux moyen atteint 16% en France en 2024 et il est en augmentation constante. Dans ce contexte, la bienveillance n’est plus un luxe, mais une nécessité de survie. Créer un climat de sécurité psychologique, où l’on a le droit à l’erreur et où le feedback est constructif, permet aux équipes de rester créatives et engagées même lorsque la pression monte.
L’équation Bienveillance = Exigence + Soutien dans la restauration
Le secteur de l’hôtellerie-restauration, connu pour sa pression intense, affiche un turnover pouvant atteindre 50%. Cependant, des établissements qui ont adopté un management alliant standards de qualité très élevés (exigence) et soutien fort (formation continue, aménagement des plannings, reconnaissance systématique) ont réussi à réduire ce chiffre à 30%. Un restaurant parisien a même vu son turnover chuter à 22% en CDI en appliquant rigoureusement cette approche, prouvant que performance et bienveillance ne sont pas opposées, mais interdépendantes.
En tant que nouveau manager, votre rôle est d’incarner cet équilibre. Cela signifie célébrer les succès mais aussi analyser les échecs sans chercher de coupable, donner du feedback difficile en privé avec empathie, et défendre le droit à l’erreur comme une condition de l’apprentissage. C’est en construisant cette fondation de confiance que vous permettrez à votre équipe de donner le meilleur d’elle-même, non pas par peur, mais par engagement.
Pour mettre en pratique ces conseils et ancrer votre nouvelle posture, l’étape suivante consiste à évaluer vos propres forces et faiblesses managériales et à construire votre plan de développement personnel pour la première année. C’est un marathon, pas un sprint.
Questions fréquentes sur la première prise de poste de manager
Comment gérer un ancien collègue qui ne respecte pas mon autorité ?
La première étape est de ne pas le prendre personnellement et d’agir vite. Planifiez un entretien individuel pour mettre les choses à plat. Utilisez la méthode du « pacte de transition » : reconnaissez l’ancienne relation, établissez les nouvelles règles du jeu professionnel et définissez clairement les attentes. Soyez factuel, centrez la discussion sur les impacts professionnels de son comportement (retards, qualité du travail) et non sur une question d’autorité personnelle.
Quelle est la plus grosse erreur d’un nouveau manager ?
La plus grande et la plus commune des erreurs est de vouloir rester l’expert technique qu’il était. Cela se manifeste par de la micro-gestion, une incapacité à déléguer et le réflexe de « faire soi-même » pour aller plus vite. Cette erreur empêche l’équipe de grandir, crée de la frustration et mène inévitablement le manager au burn-out en le noyant sous l’opérationnel au détriment de ses nouvelles missions stratégiques.
Combien de temps faut-il pour se sentir légitime en tant que manager ?
Il n’y a pas de durée fixe, mais la plupart des managers rapportent une période de 6 à 12 mois pour se sentir à l’aise et légitimes. Les 3 premiers mois sont souvent une phase de « survie » et d’observation. Les 3 mois suivants permettent de commencer à poser ses propres jalons. La légitimité n’arrive pas d’un coup ; elle se construit par une accumulation de petites victoires managériales (un conflit géré, une délégation réussie, un projet mené à bien).