Publié le 15 mai 2024

La saturation touristique n’est pas une fatalité, mais un problème de design stratégique.

  • Les solutions les plus efficaces ne résident pas dans les interdictions, mais dans le pilotage intelligent et prédictif des flux de visiteurs.
  • Les outils technologiques et la tarification dynamique sont des leviers puissants, mais leur succès dépend d’une médiation humaine et d’une communication transparente.

Recommandation : Abordez la gestion des flux comme un acte d’ingénierie territoriale pour transformer une contrainte subie en une opportunité de valorisation durable.

Pour tout gestionnaire de destination, le mois d’août est souvent synonyme de paradoxe : une manne économique accompagnée d’une pression insoutenable sur les infrastructures, les écosystèmes et le tissu social. La surfréquentation, ou « surtourisme », n’est plus un concept abstrait mais une réalité opérationnelle qui dégrade l’expérience visiteur autant que la qualité de vie des résidents. Les réponses classiques, comme la promotion des ailes de saison, montrent leurs limites face à un phénomène d’une ampleur inédite. En effet, la problématique est structurelle : 80% de l’activité touristique se concentre sur 20% du territoire, créant des points de congestion critiques.

Face à ce constat, l’approche purement restrictive (quotas, fermetures) peut sembler une solution de facilité, mais elle est souvent contre-productive, générant frustration et manque à gagner. Mais si la véritable clé n’était pas de lutter contre les flux, mais de les sculpter avec précision ? Et si la gestion de la surfréquentation relevait moins de l’interdiction que de l’ingénierie territoriale et du design comportemental ? Cette approche considère la destination non comme un espace passif subissant des vagues de visiteurs, mais comme un système dynamique que l’on peut piloter, orienter et optimiser.

Cet article propose d’explorer cette perspective en décomposant huit stratégies techniques et urbanistiques. Il ne s’agit pas de solutions magiques, mais de leviers concrets pour transformer la gestion des flux d’une contrainte anxiogène en un outil de création de valeur, de préservation du patrimoine et de cohésion sociale.

Pour naviguer efficacement à travers ces stratégies complexes, cet article est structuré en plusieurs volets. Chaque section aborde un levier spécifique, des techniques de communication aux outils technologiques, afin de vous fournir une boîte à outils complète et opérationnelle pour piloter votre destination.

Comment décourager les visiteurs de venir en août sans nuire à l’image de la destination ?

Le « démarketing » est une stratégie délicate qui consiste à décourager la demande sans pour autant détruire l’attractivité à long terme de la destination. L’objectif n’est pas de dire « ne venez pas », mais « ne venez pas tous en même temps ». Pour cela, la communication doit être segmentée et positive. Plutôt que de montrer des images de plages bondées en août, la promotion se concentre exclusivement sur les charmes des ailes de saison. L’idée est de réallouer 100% du budget promotionnel vers les périodes de moindre affluence, créant ainsi un désir pour les mois de mai, juin ou septembre.

Une approche sophistiquée, inspirée de la stratégie de Barcelone, consiste à différencier les messages selon les typologies de visiteurs. Un excursionniste d’un jour n’a pas les mêmes attentes qu’un touriste en séjour long. En analysant les motivations de chaque segment, on peut créer des offres et des communications ciblées qui les incitent naturellement à venir à d’autres moments. Par exemple, proposer des festivals culturels ou des expériences exclusives uniquement accessibles hors saison est un levier puissant.

L’enjeu est de transformer une contrainte (la surfréquentation) en une opportunité de monter en gamme. Les techniques suivantes sont au cœur de cette ingénierie de la demande :

  • Valorisation active des sites secondaires : La communication institutionnelle doit mettre en avant des pépites méconnues plutôt que les « hot spots » déjà saturés.
  • Démarketing ciblé : Comme pour les Dunes du Pilat, il s’agit de retirer volontairement certains sites des circuits promotionnels traditionnels.
  • Indicateurs de saturation en temps réel : Mettre à disposition des visiteurs potentiels une jauge de fréquentation visible en ligne les incite à planifier leur visite à un autre moment, transformant le visiteur en acteur de la régulation.
  • Offres exclusives hors saison : Créer des avantages tarifaires ou des expériences uniques (accès « privilège », rencontres avec des artisans) pour ceux qui choisissent d’éviter la haute saison.

L’honnêteté est la clé. Communiquer sur le fait que l’expérience sera de bien meilleure qualité en juin qu’en août n’est pas un aveu de faiblesse, mais une promesse de valeur qui renforce la confiance et l’image de la destination.

Moduler le prix d’entrée selon l’heure pour lisser la fréquentation : est-ce accepté ?

La tarification dynamique est l’un des outils d’ingénierie des flux les plus puissants, mais aussi l’un des plus sensibles. Le principe est simple : le prix d’entrée d’un site varie en fonction de l’heure ou du jour de la semaine, les pics de fréquentation étant les plus chers. L’objectif n’est pas de maximiser les revenus, mais d’utiliser le prix comme un signal incitatif pour répartir les visiteurs plus harmonieusement tout au long de la journée. Cependant, son succès repose quasi entièrement sur son acceptabilité par le public.

Une tarification perçue comme punitive ou injuste peut générer un rejet et nuire durablement à l’image du site. La clé est la transparence absolue et la justification. Les visiteurs doivent comprendre *pourquoi* les prix varient. Expliquer que cette mesure permet de protéger le lieu, d’améliorer le confort de visite pour tous et d’éviter les files d’attente transforme une contrainte financière en un pacte pour une meilleure expérience collective.

Visiteurs consultant un panneau d'information tarifaire transparent avec graphique des flux

L’acceptabilité augmente considérablement lorsque la tarification dynamique est couplée à des compensations. Par exemple, les créneaux les moins chers peuvent donner accès à une petite visite guidée ou à une boisson offerte. Il ne s’agit plus seulement de payer moins cher, mais d’obtenir un avantage concret en choisissant un horaire décalé. Cette approche transforme une logique de « punition » en une logique de « récompense ».

Pour un gestionnaire de destination, il est crucial d’analyser les différentes méthodes de régulation pour choisir la plus adaptée à son contexte. La tarification dynamique n’est qu’une option parmi d’autres, chacune avec ses propres forces et faiblesses.

Comparaison des méthodes de régulation des flux pour un site touristique
Méthode Avantages Limites Acceptabilité
Réservation obligatoire Contrôle total des flux Perte de spontanéité Moyenne
Tarification dynamique Incitation économique Perception d’injustice Faible sans compensation
Quotas journaliers Protection garantie du site Frustration si refus Bonne si transparente
Créneaux horaires Lissage naturel Contrainte organisationnelle Bonne

Comme le montre cette analyse comparative des stratégies de régulation, la tarification dynamique est un outil puissant mais qui exige une mise en œuvre soignée pour ne pas être contre-productif.

Apaiser les tensions entre locaux et touristes : la médiation territoriale

La gestion des flux ne se limite pas à des outils techniques ; elle comporte une dimension humaine fondamentale. Les tensions entre résidents et visiteurs naissent souvent d’un sentiment de dépossession de l’espace public et de nuisances (bruit, incivilités). La médiation territoriale vise à anticiper et désamorcer ces conflits par le dialogue et la co-construction de solutions. Comme le souligne Xavier Marcé, adjoint au tourisme de Barcelone, une stratégie efficace est de ne pas différencier les offres : en proposant des événements et des aménagements de qualité qui servent à la fois les habitants et les touristes, on favorise un sentiment d’espace partagé plutôt que d’espace confisqué.

Il ne faut pas différencier les offres pour améliorer l’acceptabilité du tourisme par les habitants

– Xavier Marcé, Adjoint au tourisme de Barcelone

L’une des approches les plus concrètes est la mise en place de « médiateurs de flux ». Ces nouveaux profils, encouragés par le gouvernement français, ne sont ni des agents de sécurité ni des guides touristiques. Ce sont des experts du territoire formés à la psychologie des foules, à la communication non-violente et à l’orientation active. Leur rôle sur le terrain est de sensibiliser plutôt que d’interdire, d’expliquer les comportements attendus (souvent méconnus des visiteurs) et de rediriger en douceur les groupes vers des zones moins denses.

L’efficacité de la médiation repose sur une démarche proactive et pédagogique. Il s’agit d’informer en amont, de co-construire des « chartes de bonne conduite » avec les associations de résidents et les commerçants, et d’organiser des rencontres régulières pour que les acteurs locaux et les professionnels du tourisme puissent échanger et ajuster leurs pratiques. C’est un travail de fond qui vise à recréer du lien social là où le surtourisme a créé de la distance.

Plan d’action : Mettre en place une médiation territoriale efficace

  1. Sensibiliser avant tout : Privilégier la pédagogie et l’explication des règles locales avant d’envisager toute forme de sanction.
  2. Informer sur les usages : Identifier et communiquer clairement sur les comportements qui, par simple méconnaissance, peuvent créer des tensions (ex: stationnement, gestion des déchets).
  3. Co-construire une charte : Organiser des ateliers avec les résidents et les professionnels pour définir ensemble les « règles du jeu » du bien-vivre ensemble.
  4. Déployer des médiateurs : Former et positionner des équipes de médiateurs aux points de friction identifiés pour un rôle de prévention et d’orientation.
  5. Organiser le dialogue : Mettre en place des comités de suivi trimestriels réunissant habitants et acteurs du tourisme pour évaluer les actions et ajuster la stratégie.

Compter les flux en temps réel pour rediriger les visiteurs : les outils qui marchent

On ne peut pas gérer ce que l’on ne mesure pas. La première étape de toute stratégie d’ingénierie des flux est de disposer d’une connaissance fine et dynamique de la fréquentation. Les simples statistiques annuelles ne suffisent plus. Il faut passer à un pilotage en temps réel, qui permet de prendre des décisions opérationnelles, comme fermer un accès temporairement ou rediriger les arrivants vers un autre site.

La technologie offre aujourd’hui une panoplie d’outils pour y parvenir. Le comptage ne repose plus seulement sur des éco-compteurs manuels. Une approche multi-sources est bien plus robuste. L’étude menée sur l’île d’Arz en Bretagne est un cas d’école : elle a combiné des données quantitatives (éco-compteurs, données de téléphonie mobile anonymisées, photos aériennes par drone) et qualitatives (observation terrain, entretiens, enquêtes de perception). Cette triangulation des données permet d’obtenir une vision à 360°, comprenant non seulement le nombre de personnes, mais aussi leurs parcours, leurs temps de séjour et leur ressenti.

Capteurs IoT discrets installés dans un environnement patrimonial pour le comptage des flux

Les technologies clés pour un monitoring efficace incluent :

  • Les capteurs IoT (Internet of Things) : Des boîtiers discrets qui comptent les passages de manière anonyme via Wi-Fi, Bluetooth ou infrarouge.
  • L’analyse des données de téléphonie mobile : En partenariat avec les opérateurs, elle permet d’estimer les flux, la provenance des visiteurs et leurs déplacements à l’échelle d’un territoire.
  • L’imagerie par drone ou satellite : Utile pour cartographier la densité de foule dans les grands espaces naturels ou lors d’événements.
  • Les plateformes de gestion centralisée : Des tableaux de bord qui agrègent toutes ces données et fournissent des alertes en cas de dépassement de la capacité de charge d’un site.

Le but ultime de ces outils n’est pas la surveillance, mais l’aide à la décision. Une fois les données collectées et analysées, elles doivent être diffusées aux visiteurs via des applications mobiles, des panneaux d’affichage dynamiques ou les réseaux sociaux pour qu’ils puissent adapter leur comportement. C’est le passage d’une gestion subie à une gestion prédictive et collaborative.

Détourner les flux des « Hot spots » vers des zones méconnues : le design de l’offre

Avec des prévisions atteignant 100 millions de visiteurs internationaux en France pour 2024, la simple régulation des sites les plus connus ne suffira pas. La stratégie la plus durable consiste à redessiner l’offre touristique du territoire pour mieux répartir la pression. Il s’agit d’un véritable travail d’urbanisme touristique qui vise à créer de nouveaux centres d’intérêt et à rendre les alternatives aux « hot spots » plus désirables.

Cela commence par un diagnostic : identifier les sites saturés, mais aussi et surtout les zones à fort potentiel mais sous-exploitées. Le « design de l’offre » consiste ensuite à rendre ces zones attractives et accessibles. Cela peut passer par la création de nouvelles infrastructures (pistes cyclables, sentiers de randonnée balisés), le soutien à des projets culturels ou gastronomiques locaux, ou la mise en récit de ces lieux à travers un storytelling puissant.

Étude de cas : Le démarketing réussi de la presqu’île de Crozon

Confronté à une surfréquentation de sa plage la plus célèbre, popularisée par les réseaux sociaux, l’office du tourisme de Crozon a adopté une stratégie radicale de démarketing. L’action a consisté à retirer systématiquement cette plage de tous les documents promotionnels, des itinéraires suggérés et des sites internet touristiques. Cette décision courageuse, qui va à l’encontre de la logique promotionnelle classique, vise à protéger un site naturel fragile en le rendant volontairement « plus difficile à trouver ». Cette pratique illustre parfaitement comment le design de l’information (ou sa rétention) peut être un outil puissant pour sculpter les flux.

Le détournement des flux est un jeu d’équilibre. Il ne s’agit pas de créer de nouveaux problèmes de surfréquentation ailleurs, mais d’établir un réseau de sites qui se complètent et permettent une circulation fluide. La clé est de proposer des expériences authentiques et de qualité qui peuvent rivaliser avec l’attrait des lieux iconiques. L’objectif est de passer d’un modèle de tourisme de « check-list » (visiter les 3 lieux incontournables) à un modèle de tourisme d’exploration, où le visiteur est invité à découvrir la richesse d’un territoire dans sa globalité.

Protéger le monument de l’érosion touristique sans fermer l’accès

La protection physique des monuments et des sites naturels face à l’érosion causée par des millions de passages est un défi majeur. La fermeture totale est une solution de dernier recours, souvent mal vécue. L’enjeu est de concilier préservation et ouverture, en utilisant des techniques de design comportemental (« nudge ») pour guider les visiteurs sans les contraindre.

Plutôt que des barrières physiques frustrantes, des aménagements subtils peuvent influencer les parcours. Un chemin principal légèrement plus large et mieux entretenu qu’un sentier secondaire, un éclairage qui met en valeur une zone et en laisse une autre dans l’ombre, ou encore la mise en place de bancs et de « zones de repos » stratégiques peuvent naturellement ralentir le flux et orienter les visiteurs loin des zones les plus fragiles. Ces interventions sont souvent invisibles pour le visiteur, qui a le sentiment de faire ses propres choix, alors que son comportement est guidé par le design de l’espace.

La technologie joue également un rôle clé. L’installation de capteurs de passage discrets permet d’identifier en temps réel les zones de sur-piétinement. Ces données objectives peuvent ensuite justifier des mesures de gestion, comme la rotation des zones accessibles. Ce principe, inspiré de l’agriculture, consiste à fermer temporairement une partie du site pour lui permettre de se régénérer, tout en ouvrant une autre zone pour maintenir l’attractivité. Une communication claire expliquant les raisons écologiques de cette rotation est essentielle pour garantir l’adhésion du public.

Voici quelques techniques de préservation qui évitent la fermeture complète :

  • Création de parcours alternatifs attractifs : Offrir des alternatives valables au chemin le plus direct pour disperser naturellement les visiteurs.
  • Utilisation de la signalétique intelligente : Guider sans contraindre en utilisant des informations sur les temps de parcours ou les points d’intérêt.
  • Présence de médiateurs culturels : Positionner des experts aux points sensibles, non pas pour interdire, mais pour expliquer la fragilité du lieu et suggérer d’autres perspectives.

En combinant design subtil, gestion dynamique et pédagogie, il est possible de réduire significativement l’impact physique du tourisme tout en maintenant une expérience de visite riche et satisfaisante.

Créer des partenariats avec les écoles pour lisser la fréquentation hors saison

La lutte contre la saisonnalité est un combat de longue haleine. Une stratégie particulièrement efficace et vertueuse est de développer des partenariats structurés avec le monde de l’éducation. Les publics scolaires, des primaires aux universités, représentent un gisement de visiteurs important, avec un avantage majeur : ils voyagent principalement en dehors des vacances scolaires, c’est-à-dire pendant les périodes de creux pour l’industrie touristique.

Ces partenariats vont bien au-delà de la simple sortie scolaire. Il s’agit de co-construire des programmes pédagogiques qui s’intègrent dans le cursus des élèves. Un site historique peut devenir un laboratoire pour les cours d’histoire, un espace naturel pour les sciences de la vie et de la terre, un musée pour l’éducation artistique. Le plan gouvernemental 2023-2024 a d’ailleurs mis l’accent sur la sensibilisation des jeunes publics aux impacts du tourisme, créant un cadre favorable à ces initiatives. En formant les citoyens de demain aux enjeux du tourisme durable, on assure la pérennité du secteur.

Ce type de partenariat crée un flux de fréquentation régulier et prévisible pendant les ailes de saison, ce qui permet de maintenir des emplois à l’année. Même dans des secteurs à très forte saisonnalité comme la montagne, où l’on observe pourtant un taux d’occupation de 85% pendant les vacances de fin d’année, les mois d’octobre, novembre ou mars sont souvent très calmes. Les groupes scolaires peuvent combler ces périodes.

Pour le gestionnaire de destination, la démarche consiste à :

  1. Identifier les potentiels pédagogiques de ses sites.
  2. Contacter les rectorats et les chefs d’établissements pour présenter une offre structurée.
  3. Créer des « kits pédagogiques » pour les enseignants afin de faciliter l’organisation de la visite.
  4. Proposer des tarifs adaptés et des services dédiés (salles de pique-nique, médiateurs spécialisés).

En transformant la destination en un terrain d’apprentissage, on crée une relation gagnant-gagnant : les écoles bénéficient d’un support pédagogique vivant, et la destination s’assure une activité économique lissée sur l’année.

À retenir

  • La gestion du surtourisme est un exercice d’ingénierie territoriale qui privilégie le pilotage à l’interdiction.
  • La technologie (comptage, data) est un outil d’aide à la décision, mais l’acceptabilité des mesures dépend de la médiation humaine et de la transparence.
  • La diversification de l’offre et le lissage de la fréquentation sur l’année (notamment via les partenariats scolaires) sont les stratégies les plus durables.

Le tourisme durable au-delà du slogan : créer de la valeur et des emplois verts

Le tourisme durable ne peut se résumer à des slogans. Pour être efficace, il doit s’incarner dans un modèle économique qui crée de la valeur partagée et des emplois qualifiés. La gestion intelligente des flux est au cœur de cette transformation. En passant d’un tourisme de masse concentré à un tourisme mieux réparti dans le temps et l’espace, on crée les conditions d’un développement plus sain et pérenne. Le secteur de l’hébergement-restauration comptait déjà 1,3 million de salariés fin 2022, un chiffre en hausse qui montre le poids économique colossal du secteur et la responsabilité qui en découle.

L’ingénierie des flux touristiques n’est pas une menace pour l’emploi, bien au contraire. Elle fait émerger de nouveaux métiers à haute valeur ajoutée, qui remplacent progressivement les emplois saisonniers précaires par des postes plus techniques et stables. Cette évolution est indispensable pour améliorer l’attractivité des carrières dans le tourisme.

Ces nouveaux profils sont les artisans du tourisme de demain :

  • Gestionnaire de flux touristiques : Un profil stratégique au sein des collectivités, capable de piloter les outils de monitoring et de proposer des plans de gestion.
  • Data analyst spécialisé en tourisme : Un expert qui transforme les données de fréquentation en modèles prédictifs pour anticiper les pics.
  • Médiateur culturel et territorial : L’interface humaine indispensable entre les visiteurs, les résidents et le patrimoine.
  • Expert en tourisme régénératif : Un spécialiste qui conçoit des offres touristiques ayant un impact positif sur l’écosystème et la communauté locale.
  • Guide-interprète du patrimoine local méconnu : Le professionnel qui donne vie aux sites secondaires et contribue activement au détournement des flux.

Investir dans la formation et la création de ces postes est le véritable moteur d’un tourisme durable. Cela permet non seulement de résoudre les problèmes de surfréquentation, mais aussi de monter en gamme, d’améliorer la qualité de l’expérience et de s’assurer que les retombées économiques profitent réellement au territoire sur le long terme.

Pour que cette vision se concrétise, il est crucial d’intégrer la dimension "emploi et compétences" dans toute stratégie de gestion des flux.

Il est temps de passer d’une posture réactive, où l’on subit les effets du surtourisme, à une stratégie proactive. Évaluez dès maintenant ces différents leviers pour concevoir le plan de gestion des flux qui garantira la pérennité, la valeur et l’attractivité de votre territoire pour les décennies à venir.

Rédigé par Élise Moreau, Consultante en Ingénierie Touristique Territoriale et Tourisme Durable. Spécialiste du développement local, de la gestion des flux (surtourisme), de la certification RSE et de la valorisation du patrimoine.